J’ai foiré mon plateau !

C’ÉTAIT BIEN PARTI

Lors de mon dernier article, j’avais effectué 6h d’apprentissage sur une moto. Entre temps j’en ai 13 au compteur. Tours après tours sur le plateau, j’arrive à respirer et tenir l’équilibre au parcours lent, je passe les obstacles avec ma vision périphérique en évitant de regarder au sol, mon freinage d’urgence est plus efficace, je ne mords plus les lignes aux demis-tours, j’effectue mon slalom correctement et je donne le coup de reins qu’il faut à la moto pour ne plus shooter les cônes à l’évitement.

Vidéo capturée par ma moitié à 4h de l’épreuve.

Le matin de l’examen, j’étais reposé, j’enchaînais les différentes manoeuvres avec succès. Tout se déroulait bien pour moi, ainsi que pour M* et F* qui passaient leur examen le même jour. J’ai beau être un éternel angoissé, pour une fois je n’étais pas stressé, et même plutôt zen !

EN ROUTE VERS L’EXAM

Ambiance joviale pendant le trajet. M*, résidant 2 rues plus bas, a embarqué pour 40 minutes de route à nos côtés jusqu’au plateau d’examen. On s’est racontés nos expériences durant nos heures de formation sur le plateau. C*, si jamais tu lis cet article, oui, on a un peu causé de toi dans la voiture, mais on n’a dit que du bien de notre super prof, promis ! 😉

Garés sur le parking, on découvre plusieurs pistes en très bon état, lignes blanches bien marquées, entourées de verdure et d’un petit bâtiment préfabriqué. Nous sommes à Pouilly, en Moselle, au Centre d’Examen du Permis de Conduire. Le temps est un peu gris, parfois quelques gouttes, mais aucun signe de l’alerte tempête annoncée. Et puis après tout, si la piste est humide, on est autorisés à s’arrêter un peu plus loin lors du freinage d’urgence…

Au loin trône la remorque de l’auto-école Serge Polli, transportant les motos sur lesquelles on a appris à rouler ces dernières semaines. On est en avance, on prépare donc tranquillement nos équipements, on se désaltère, puis on se dirige vers le bâtiment bordant les pistes. Entre temps C* est arrivé, avec quelques autres élèves qui passeront l’épreuve de circulation après nous. Le plateau, eux, ils l’ont déjà ! On attend patiemment l’inspectrice, qui ne devrait plus tarder…

ENTRÉE AVEC STYLE

Telle Samantha dans « Sex and the City », et sous le soleil qui a fait son apparition, une dame blonde souriante traverse le parking en dévisageant chacun de nous un par un. Allure décidée, style classe et original, vêtue de jaune, radar et chronomètre autour du cou et assortis à la tenue, lunettes de soleil et cigarette à la main, elle nous lance un bonjour de manière très conviviale, de quoi nous mettre à l’aise.

Un tirage au sort est effectué par F* pour savoir quelle piste (droite ou gauche) sera utilisée. Ce sera la piste de gauche. Flûte, c’est celle de droite que je réussis le mieux. Pas de stress, sur la vidéo ci-dessus j’étais sur la piste de gauche et ça se passait très bien. Après avoir effectué quelques vérifications rapides d’identité et d’équipements, l’inspectrice se dirige vers la piste.

Elle nous prodigue quelques conseils avec humour, usant d’un franc-parler assez singulier : « Dans le cadre de l’examen du permis moto, vous allez passer l’épreuve du plateau […] Bon, j’vous dis tout de suite, celui qui r’garde pas vers le haut pendant le parcours, j’le tape ! 😁 (rires). Et puis n’vous vous faites pas pipi dessus, on n’est pas là pour vous stresser hein, ça va aller ! ». Elle avance sur la piste puis lance, toujours avec le même humour : « Bon M’sieur F*, venez ici, et vous deux, vous allez vous asseoir, là-bas ! ». M* et moi allons nous poser dans les petits arrêts-bus situés en début de piste. C* nous rejoint, les yeux rivés sur son élève qui démarre son épreuve. C’est la 2ème fois qu’il le passe, son plateau…

Premier essai, tout se passe bien pour lui jusqu’au demi-tour passager durant lequel sa roue avant va largement dépasser des limites du plateau. Raté. Il semble totalement stressé… 2ème et dernière tentative, celle-ci sera la bonne ! Bravo à lui !

PREMIÈRE TENTATIVE

C* m’invite à enfiler mon casque et mes gants. L’inspectrice m’appelle : « Monsieur, c’est à vous, allez-y ! ». Je commence par la poussette qui consiste à déplacer la moto à l’arrêt. Au moment où je pose mes mains sur la moto, mes pulsations montent en flèche et mes mains tremblent. Et merde ! Foutu stress qui vient quand il faut pas ! Je suis même entrain de me demander si je vais arriver à pousser la moto tellement je tremble. « Monsieur, je vous informe que vous avez réussi votre poussette, vous avez le droit à 3 pieds au sol pendant l’épreuve. Montez sur la moto et démarrez. ».

J’enfourche ma monture, je tente de souffler et de détendre mes épaules. J’allume le moteur, je passe la première, je lâche doucement l’embrayage, l’inspectrice déclenche son chrono… Et là je me rends compte que je n’ai plus aucun repère visuel. Mais où sont le local de l’auto-école à gauche, le château d’eau bleu au fond, les piquets de la piste à droite, le LIDL de l’autre côté ?? Il n’y a là qu’un terrain vague, de l’herbe et du goudron. Je me mets à trembler, j’oublie instantanément tous les bons conseils, je crois que je ne respire même plus. Je négocie la première courbe du lent beaucoup trop tôt, j’arrive en diagonale dans la porte, et « gliiing », mon rétro tape le piquet qui tombe au sol. Pas grave, note B, je ne m’arrête pas. Demi-tour OK, freinage d’urgence OK. L’inspectrice me lance : « C’est tout bon jusque là ! ». J’arrive dans le demi-tour passager, j’évalue mal mon virage et j’emporte le cône intérieur. 2 objets déplacés, note C. L’inspectrice me laisse finir mais c’est raté. Je réussis quand-même le slalom et l’évitement. « Remettez la moto au départ, vous avez un 2ème essai. ».

DEUXIÈME TENTATIVE

Avant de démarrer, je lui dis : « Bon je vais essayer de me détendre cette fois… », ce à quoi elle me répond : « Et surtout, regardez bien vers le haut… ». Je démarre… Parcours lent, cette fois ça passe, avec un pied posé au sol, mais ça passe. Demi-tour OK, freinage d’urgence OK, demi-tour passager OK, slalom OK. Puis vient l’évitement. Je ne sais pas ce qui s’est passé dans ma tête à ce moment précis. Au lieu de me concentrer sur ma vitesse et mon placement à l’entrée dans le couloir, je crois que je pensais déjà au résultat. Je n’accélère pas assez, j’enchaîne les 3 vitesses trop tard, ma vitesse n’est pas stabilisée, et j’entre dans l’évitement au centre au lieu de me coller sur le bord. Le cône à éviter arrive face à moi, je penche la moto, et là j’entends « bim……bim…bibibimmm… », le bruit du cône qui retombe au sol. L’inspectrice met ses bras en croix, j’ai échoué.

À cet instant, tout s’arrête dans ma tête. « Monsieur, ramenez la moto devant la piste ». Je suis paumé, je ne sais même plus comment je m’appelle. Je crois que C* a percuté que je n’étais pas bien, il vient vers moi et me dit : « Descend de la moto, je la ramène… ». Je marche doucement à pied vers ma moitié, je n’ose même pas passer devant les autres élèves. J’ai tendance à être perfectionniste et mon hyper-émotivité me contraint à vivre ça comme un échec total.

Je regarde au loin M* qui se lance à son tour. Elle a l’air complètement stressée aussi. On était pourtant tellement à l’aise le matin à l’auto-école, tout se passait si bien. Je croise les doigts et murmure discrètement : « Allez, allez, vas-y, te loupe pas… ». Je stresse pour elle. Tout se passe bien jusqu’au slalom… Mais… Mais… Oh non, elle est passée du mauvais côté du premier cône ! Bon, elle démarre son deuxième essai. Parcours lent OK, demi-tour OK, freinage d’urgence OK, demi-tour passager OK, slalom OK. Elle se lance dans l’évitement, et je vois soudain le cône voltiger dans les airs… Et merde, c’est raté ! Elle pose sa moto puis revient vers nous toute déçue à son tour, je suis tellement triste pour elle aussi…

Alors que les autres élèves s’équipent pour partir vers l’épreuve de circulation, C*, notre cher moniteur, revient vers nous. Je lis dans son regard une certaine déception et lui lance timidement : « J’ai fait n’importe quoi, j’étais complètement stressé, j’ai tout oublié… ». Il me répond : « C’est ta manière de gérer les examens, chacun réagit à sa façon, tu regardais dans tous les sens, trop souvent vers le bas… C’est pas grave, tu le repasseras en octobre… »

RETOUR À LA MAISON

Voilà voilà, on remonte dans la voiture, direction Algrange. Débrief pendant le trajet sur ce qui n’a pas été et pourquoi. Le thème qui revient, c’est le stress et la perte des repères situés autour de la piste de l’auto-école. Arrêt par la boulangerie où ma moitié nous prend quelques pâtisseries et offre un petit assortiment de choux à M* en guise de consolation. Le champagne patientera encore un peu au frais. En attendant, j’ai du boulot pour digérer la nouvelle (ça va quand-même me prendre quelques jours), réfléchir à ce que j’ai loupé, et me remettre en selle pour tenter de corriger tout ça !

* : le nom est volontairement masqué

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